ADER NORDMANN
& DOMINIQUE
HÔTEL DROUOT
PARIS
7 JUIN
2019
RÉSULTAT
171.776 €

L’histoire de l’art nous enseigne que l’œuvre de chaque artiste s’éclaire par son parcours, son environnement et ses rencontres ; le corpus des créations de Christian Fjerdingstad en est la démonstration parfaite. Comment imaginer que sa naissance en 1881 et son enfance sur l’Île de Christiansø, qui a aussi donné son nom à l’archipel anciennement nommé Ertholmene, allaient forger sa personnalité et sa sensibilité et le conduire vers les sommets de l’avant-garde des arts décoratifs du XXe siècle. Ses sept premières années passées dans une nature préservée et au milieu d’éléments souvent hostiles, son père était gardien et pilote du phare de l’île, puis celles qui suivirent à Jutland et à Bornholm façonneront à tout jamais son rapport à la faune et à la flore et bâtiront durablement sa sensibilité si singulière. Avec un grand-père lui apprenant à regarder et à se passionner pour ces animaux et cette végétation, parcourant avec lui, dès son plus jeune âge, les plages danoises pour y ramasser de l’ambre, qualifié de Larmes de Dieu par les slaves, afin de le sculpter puis de le polir, il posait déjà là une partie de son destin. Puis, peaufinant son apprentissage de l’orfèvrerie dans l’atelier d’Aage Schou à Copenhague, son maître lui transmettant sa passion pour le Paris artistique, il construisait son envie d’ailleurs. En quittant le Danemark pour la France au début de la Grande guerre pour y défendre la liberté, il s’engagea dans le corps volontaire de la Légion étrangère, Christian Fjerdingstad faisait montre de son idéalisme, de son courage et de son besoin d’explorer des horizons nouveaux. Le conflit terminé, non sans séquelles pour lui, c’est définitivement la France qu’il choisira comme lieu de vie et comme place pour développer son art ou, plutôt, ses arts. Fréquentant assidûment le milieu artistique parnassien, c’est Fernand Léger qui le poussera à présenter ses œuvres au Salon d’Automne de 1921. Le succès fut immédiat et les premiers pas vers une reconnaissance internationale étaient franchis ; il y fit alors la rencontre de Jacques Doucet qui acquit, dès cette première occasion, une de ses pièces. Très célèbre pour ses créations d’orfèvrerie, l’artiste façonnera toujours, en parallèle, des œuvres de tabletterie faites d’ivoire, de corne, de dents de narval, de buis, d’ambre et/ou d’argent, réservant cette production à sa famille et à ses proches, ne la présentant et ne la commercialisant quasiment jamais ; un jardin secret, révélant son intime, son enfance, son éducation, sa proximité avec la nature, ses premières rencontres artistiques parisiennes et, aussi et surtout, cette double culture danoise et française qui marque de façon indélébile ses créations. Ces œuvres, gardées jalousement jusqu’à aujourd’hui au sein de sa famille, prennent le chemin de l’encan et nous révèlent un artiste majeur dans un domaine que nous ne lui connaissions pas. Quelques rares grandes personnalités ont marqué l’art de tabletterie Art déco : Georges Bastard, Eugénie O’Kin, Clément Mère, Henri Hamm ; nul doute, au regard des pièces proposées, que Christian Fjerdingstad peut très largement se prétendre de cette famille de grands artistes tabletiers. Nous comprenons mieux également le choix du plus célèbre des collectionneurs du XXe, Jacques Doucet, lors de ce Salon d’Automne de 1921, on peut aisément imaginer que la plupart des œuvres, portées au feu des enchères lors cette vacation, auraient pu terminer leur parcours dans le Studio Saint-James, tant l’esprit de ces créations est celui de ce lieu.















