MAROLLES
En 1947, à l’issue d’une période de captivité en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, où il découvre la vie paysanne et le travail du bois, Jean Touret (1916-2004) s’installe à Marolles, près de Blois. Refusant de renouer avec son milieu d’origine, il choisit d’ancrer sa pratique dans un cadre artisanal et communautaire. D’abord peintre, il se tourne progressivement vers le mobilier, tout en s’intégrant à la vie du village et en fréquentant ses artisans. En 1950, il fonde les [Artisans de Marolles], un collectif réunissant ébénistes, ferronniers, vanniers, puis céramistes, avec l’ambition de produire un mobilier à la fois traditionnel et contemporain, enraciné dans les savoir-faire locaux. Sous sa direction artistique, le groupe développe une esthétique caractérisée par la sobriété des formes, l’attention portée aux matériaux travaillés – en particulier le bois – et la qualité des techniques employées. Leur production, diffusée localement puis à l’échelle nationale, notamment à Paris, rencontre un succès croissant à la fin des années 1950 et sera couronnée par une première exposition d’importance au Château de Blois en 1958. Face à cette demande accrue, le collectif s’élargira à d’autres artisans du Loir et Cher, tout en conservant son identité artisanale face à l’industrialisation, sous la dénomination des [Artisans de Marolles et du Loir et Cher]. Néanmoins, en 1964, le départ de Jean Touret, qui se consacre alors à la sculpture, marque une inflexion dans l’histoire du groupe. Celui-ci perdurera jusque dans les années 1970, sans directeur artistique, avec des créations en marge des pièces caractéristiques de la période Touret. En parallèle, les artisans du premier collectif se regrouperont sous l’appellation [Artisanat de Marolles]. L’expérience des Artisans de Marolles constitue ainsi un jalon important du renouveau des arts décoratifs dans la France d’après-guerre, à la croisée de la création moderne et des savoir-faire traditionnels.
















