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/CROUS

PROUVÉ

ADER + ADER E&P
+ Me NOUVELET
HÔTEL DROUOT
PARIS
3 JUIN 
2022
RÉSULTAT 
3.844.000 €

PROVENANT DU RÉFECTOIRE de la RÉSIDENCE UNIVERSITAIRE JEAN ZAY à ANTONY & conservées jusqu'alors par le CROUS de l'ACADÉMIE de VERSAILLES 

DEUX EXCEPTIONNELLES TABLES
 

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L'ÉQUIPEMENT MOBILIER DE LA RÉSIDENCE UNIVERSITAIRE D'ANTONY : UNE AMBITION FRANÇAISE

La plus grande résidence universitaire d’Europe a abrité de nombreuses générations d’étudiants dont plusieurs ministres ; son nom est connu des amateurs de Design grâce à la chauffeuse Antony de Jean Prouvé, mais aussi des historiens des mouvements politiques du XXe siècle, par son rôle dans les évènements de Mai 1968. L’histoire de la RUA – comme la nomment ses familiers – est un précipité de l’histoire de la France de la seconde moitié du XXe siècle, ambitions et afflictions confondues. Déjà en 1938, Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, annonçait la création d’un [village] pour loger les étudiants de la capitale. Après la Seconde guerre mondiale et sa cohorte de destructions, cette volonté devient une nécessité. La pénurie de logements est telle qu’un ministère, dont l’unique mission est de Reconstruire la France, voit le jour. Le 25 septembre 1945, le Conseil des ministres approuve la décision de construire une résidence universitaire capable d’accueillir 3000 étudiants – 2000 célibataires et 500 couples. Le site de la Croix de Berny jouxtant le parc de Sceaux, d’une superficie de 11 hectares et à proximité d’une gare portant à seulement 15 minutes le Quartier Latin et ses facultés, semble être le lieu idéal pour accueillir la nouvelle résidence. Outre ce besoin, ce programme, confié à Eugène Beaudouin architecte en chef des Bâtiments publics et des Palais nationaux, témoigne de l’ambition de ses commanditaires. L’architecte, Grand prix de Rome 1928 et membre de l’U.A.M., propose un projet moderne de bâtiments interconnectés et d’habitations rationnalisées. Freiné par un sol capricieux et un financement byzantin, le projet initié en 1947 ne sort de terre qu’en 1954. Aussi innovante qu’elle soit, le recteur de l’Université de Paris souligne, dès 1955, que [cette architecture], conciliant normes modernes et contraintes budgétaires, [s’apparente sous certains aspects à une caserne]. Pour rompre cette monotonie de l’espace, on décide qu’une dizaine d’aménagements différents seront nécessaires et l’organisation d’un concours sera le meilleur moyen d’obtenir des [ameublements solides, confortables et de bon goût]. Le 11 février 1955, l’organisation du concours est entérinée. L’idée initiale d’Eugène Beaudouin, de faire travailler conjointement décorateurs et éditeurs, est reprise. De plus, le classement du chantier dans le Secteur Industrialisé du Ministère de le Reconstruction et de l’Urbanisme, lui conférant ainsi la valeur de modèle et de prototype pour toutes les futures cités universitaires de France, attire nombre de fabricants alléchés par les promesses de futurs marchés. Le cahier des charges impose un budget maximal de 70.000 Frs pour les chambres des célibataires et de 120.000 Frs pour les appartements des jeunes ménages. Le programme prévoit la conception de lits, de tables, de rangements, de chaises et de fauteuils. Cinquante-cinq dossiers sont déposés de la part de fabricants français installés sur tout le territoire. Seulement 27 prototypes sont présentés le 1er juin 1955 à un jury composite d’intendants, d’administrateurs et d’étudiants. Les Archives nationales conservent un plan annoté des savoureux commentaires de l’un des membres. Le procès-verbal du 3 juin suivant fait mention des 12 candidats retenus : Yvroud-Escande; Houot; Au Bûcheron; Houot (jeunes ménages); Pépin (jeunes ménages); Au Bûcheron (jeunes ménages); Mobilor (jeunes ménages); Lafargue (jeunes ménages); Mobilor; Gascoin; Pépin; Huet; Lafargue; Raphaël (jeunes ménages); Jounot (jeunes ménages); Raphaël; Jounot. Néanmoins, le 28 juin 1955, l’approbation du budget, de presque 170 millions de francs pour l’ameublement, répartit les 17 marchés à 14 fabricants – dont certains avaient été recalés par le jury. La liste définitive des éditeurs fut finalement: Pépin (2 marchés), A.B.C., Au Bûcheron (2 marchés), Dambrine, Jounot, Houot, Bois OEuvré, Roset, La Méridienne, Mobilor, Noyon, Prouvé, Raphaël, SICAM et Yvroud (2 marchés). Elle est partiellement confirmée par la présence de factures dans les archives du rectorat et/ou du mobilier garnissant les chambres. L’esthétique a été un enjeu primordial de ce projet d’équipement et témoigne de la confiance en la capacité de cet environnement beau et sain à générer un monde nouveau, plus confortable et plus égalitaire. Nous pourrions être étonnés de la faible notoriété, voire de son absence totale, de certains des fabricants choisis, mais ce serait oublier le caractère industriel et collectiviste de ce programme. De surcroît, si les noms des éditeurs sont mentionnés, ceux des créateurs des modèles le sont rarement. Les interventions de Jean Prouvé, de Raphaël, de Marcel Gascoin pour SICAM, et celle de Roger Landault pour A.B.C. étaient notoires ; or, les créations de Jean Domps pour la firme Houot, celles de Claude Gaillard pour Pépin et Cie ou de Jean Lesage pour Dambrine, n’étaient pas documentées. L’étude de ces meubles nous a permis de restituer un pan méconnu et souvent négligé des arts décoratifs d’après-guerre. Chaque meuble constitue un maillon indéniable de l’Histoire de la Reconstruction de la France d’après-guerre et de son ambition de créer le cadre de vie d’une jeunesse pleine d’avenir. En 1956, le restaurant universitaire voit enfin le jour. Son équipement fait lui aussi l’objet d’un concours, celui des ensembles collectifs, auquel participe 14 éditeurs, plus familiers du mobilier de collectivité que de la décoration pour la majorité. Bien que moins ambitieux que celui des habitations et ne comportant que 3 marchés (un pour les chaises, un pour les tables et un pour les vestiaires), le résultat de ce concours n’en est pas moins audacieux. Remporté conjointement par Jean Prouvé et Mobilor, le rapport de présentation adressé le 20 mars 1956 par le Recteur au ministre de l’Éducation nationale justifie le choix des deux entrepreneurs. Jean Prouvé, qui se voit confier la fabrication des vestiaires et d’une partie des tables, et Mobilor, celle des chaises et également une partie des tables, sont les seuls à avoir répondu aux impératifs techniques du cahier des charges et aux exigences esthétiques de l’ambitieuse entreprise. Sur les photographies prises en 1957 par Jean Biaugeaud et conservées par la médiathèque du Ministère de la Transition écologique, on distingue une alternance de tables de Jean Prouvé. Dans le réfectoire, des tables noires, du modèle Centrale dit Trapèze, côtoient les tables dites Antony (2 longueurs), claires – dont le noir et blanc du cliché, ne nous laisse pas deviner la couleur jaune des plateaux qui s’harmonise avec celle des chaises Mobilor, si reconnaissables avec leurs pieds fuselés terminés par des patins boules en caoutchouc noir. S’agissant des tables modèle Centrale, dit Trapèze, de Jean Prouvé, deux versions furent réalisées ; le petit modèle, d’une longueur de 222 cm, qui garnissait en très grande majorité le réfectoire en alternance avec les tables dites Antony, et le grand format de 332 cm de longueur représenté par à peine 10 exemplaires dans cette grande salle à manger du restaurant universitaire. Ce sont deux de ces grandes tables Trapèze qui sont aujourd’hui proposées à l’encan à travers ce catalogue. La maison ADER et sa filiale ADER EP, qui accompagnent le Crous de l’académie de Versailles dans la valorisation de cette collection historique qui émaille 4 vacations (15 mai, 25 mai, 3 juin et 16 septembre), ont mis sur pied un plan innovant qui associe ventes aux enchères publiques et réhabilitation. Ainsi, ce patrimoine exceptionnel, dispersé ou recyclé, contribuera à faire vivre l’aspiration originelle des commanditaires de la Résidence universitaire Jean Zay : concevoir aujourd’hui l’environnement des hommes de demain.

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